Si vous levez le nez de temps en temps de vos livres pour regarder la télévision, vous avez peut-être pu voir sur vos écrans une publicité pour un nouveau service qui propose la location d’électroménager.

N’importe quoi ! Une télé, un lave-linge ça s’achète, ça ne se loue pas ! C’est notre propriété, notre patrimoine ! C’est nous !

Et pourtant, l’âge où l’on se définissait par rapport à la somme de nos possessions est sans doute en train de toucher à sa fin. Achevé par la crise des sub-primes la société de consommation est mourante (elle ne le sait pas encore) et si l’on croit Jeremy Rifkin nous verrons dans les prochaines années l’avènement d’une nouvelle société, une nouvelle mutation du capitalisme vers une organisation plus collaborative («la nouvelle société du coût marginal zéro »).

Ainsi voyons-nous déjà Blablacar, Autolib, Airbnb, Lokeo… Voilà une société de nomades 3.0 en germe.

Les causes et les conséquences sont multiples, et si le sujet m’intéresse ce n’est pas le propos de ce blog. Par contre la question que je me pose est : Et les bibliophiles dans tout ça ?

Parce qui si il y a bien une population qui aime posséder ce sont les collectionneurs. Le plaisir du bibliophile n’est-il pas de savoir que ce livre précieux est là, sous sa main ?

L’ouvrir ? Certes de temps en temps, plaisir sensuel du papier et de la peau. Le lire ? Sans doute le feuilleter, plaisir intellectuel du texte et des illustrations.

Mais soyons honnête le véritable moteur du collectionneur c’est la possession. Comme le dragon sur son tas d’or, il admire sa bibliothèque parce qu’elle est, et non par ce qu’elle permet.

Cependant est-ce qu’une société nomade permet le collectionneur ? Est-ce que devenir collectionneur est possible quand on a grandi dans un monde où l’on loue ses meubles, son lave-vaisselle et on prête sa voiture au voisin ? S’embêter avec les contraintes de la propriété alors qu’on peut simplement utiliser ?

Il se pourrait bien alors que le nomade de demain regarde une bibliothèque comme on regarde une accumulation d’Arman.

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