J'ai lu il y a peu N'espérez pas vous débarrasser des livres un livre d'entretien entre Umberto Eco et Jean-Claude Carrière, sur l'évolution du livre, le livre numérique etc...
En fait la question est vite réglée et le reste de l'ouvrage nous régale d'anecdotes pour bibliophiles (incorrigibles ces bibliophiles !).
Je retiens tout de même cet argument d'Eco :

De deux choses l’une : ou bien le livre demeurera le support de la lecture, ou bien il existera quelque chose qui ressemblera à ce que le livre n’a jamais cessé d’être, même avant l’invention de l’imprimerie. Les variations autour de l’objet livre n’en ont pas modifié la fonction, ni la syntaxe, depuis plus de cinq cents ans. Le livre est comme la cuillère, le marteau, la roue ou le ciseau. Une fois que vous les avez inventés, vous ne pouvez pas faire mieux. Vous ne pouvez pas faire une cuillère qui soit mieux qu’une cuillère.


Pourtant il me semble qu'internet et les livres numériques font exploser les murs dans lesquels le livre traditionnel devait se cantonner, notamment sur deux points : l'interactivité et l'hypertextualité.

Par exemple les livres à système ne sont ils pas une tentative d'interactivité avec le lecteur ? Le texte devient mouvant, la figure devient animation et le lecteur acteur de son savoir.
Mais trop fragiles, trop coûteux dans leurs versions papier... ils ont déjà un avenir radieux dans le monde numérique! Il suffit de voir les livres animés qui commencent à paraître sur Ipad.

Autre avancée: l'hypertextualité, les écrits sont désormais en réseau. D'un mouvement de doigt je change de livre, cherche une définition, creuse un sujet qui m'en amène un autre, parcours le catalogue d'une bibliothèque à l'autre bout du monde et publie le tout sur mon blog.
La bibliothèque était déjà une tentative de mettre les livres en réseau, telle étagère répondant à telle autre, mais quelles limitations !
Désormais les rayons de ma bibliothèque se mesurent en milliers de kilomètres. La source du savoir est infinie, donne le vertige, et peut pourtant se loger dans notre poche. Quels érudits ne se seraient pas damnés pour ça ? *

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Si le livre est comme la cuillère ou la roue, alors le livre papier que nous connaissions n'en était qu'une ébauche, une roue carrée, une lune gibbeuse.


*On ne mesure sans doute pas assez les conséquences politiques et sociales de cette révolution numérique. Que vaut le savoir quand il est accessible à tous ? Que deviennent l'enseignement, les universités, les professeurs, les diplômes ? (d'ailleurs quand vous entendez quelqu'un râler contre Wikipedia, soyez sûr qu'il est dans l'enseignement ou un ancien détenteur du savoir). Si l'imprimerie a produit la Réforme, quel sera le produit de l'internet ?